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mardi 18 juillet 2017

Je pleure mes larmes






Je pleure mes larmes qui ne mouillent plus, je pleure mes larmes sans mot, pleins de maux. L’encre de ma plume embrasse à tour de rôle les larmes et les soupirs, exhumant à chaque éclaire en plein jour, les aphtes de mon âme. Dans ce tunnel de la pénitence la lumière se fait désirée au fil de mes pas. Il n’y a rien de plus pénible, que cette traversée du désert où le poids du fardeau fait de la conscience une ancre des plus lourdes, amarrant mon corps et mon esprit sur les berges de l'horizon aux regrets tatoués sur la chair de mon âme me rappelant qui je suis...

 L’épreuve de la solitude marchant sous le ciel des remords est plus dure que la chute, la lumière de l’espoir aussi sombre que les ténèbres des regrets. Une étincelle provoquée et voilà le désespoir envahissant, étouffant pour une âme perdue dans ce sable mouvant de sa conscience. Quel que soit la direction et le lieu, aucun événement vient effacer les souvenirs du cœur, le livre des actes, les lignes où l’encre a séché au soleil du passé. 

De cet abysse faisant écho à ma foi, l’intensité du désir de renaitre se met à scintillé à la croisée du jour et de la nuit avant de s’évanouir telle une onde évanescente. Pourquoi est-il plus facile à mon âme d’écrire sur ses quelques peines alors qu’il baigne dans un bonheur ? Pourquoi lui est-il facile de crier ses manques alors qu’il garde le silence pour les bienfaits qui le comblent ? 

C’est dans l’épreuve que les vrais amis se révèlent, c’est dans la même épreuve que les hypocrites et les lâches s’illustrent également sans scrupule. Il y a ces silences de l’indifférence, ces silences envahissants et ces silences pesants, voir fracassants qui sont d’une rare violence sans nom, d’une intensité que seul celui qui la connait et la vit, peut en mesurer la meurtrissure. 

La vie est cette école qui te dévoile les faux saint, les fausses perles où dernière l’habit des apparats de circonstance se cachent les sirènes des abysses, les lucioles te menant vers les ravins de la mort.
Je pleure ces instants, ces souvenirs où mon cœur versait les larmes de foi, où le souvenir d’Allah mettait en branle tout mon âme, où le rappel d’un croyant avait une résonance certaines pour mon cœur. 

Je pleure ces paroles, ces recommandations où ma raison épousait la sagesse, où mon esprit admirait la justesse de ces mots prophétiques, où ma conscience trouvait du sens dans les dires de Muhammed (saw).

Je pleure ces moments, ces émotions où mon cœur frémissait à l’idée de rater le Fajr, où seul avec moi-même au crépuscule mes larmes remerciaient Allah du privilège d’être sur le chemin de la mosquée. Je pleure du temps où mes amis étaient Abou Bakr,  Umar ibn al-khattab, Othman ibn Affan et Ali Ibn Abi Tâlib. Je pleure de ne plus voir, d’être indigne de ces étoiles qui m’ont tant inspiré durant ma jeunesse,  que sont Talha Ibn UbaydAllah, Zubeyr Ibn Al ‘Awam, Sa’ad Ibn Abi Waqas, Sa’id Ibn Zayd, Abu Ubayda, Umar Ibn Jarâh, Abderrahmane Ibn ‘Awf et Salmân Al-Fârisî… 

Je pleure chaque seconde perdue, chaque occasion manquée, chaque opportunité non saisie, où le repentir était à portée de cœur, où la lecture du coran délaissée pour des futilités sans pareil m'ont embelli le cœur au couleur du fusain. Je pleure mon impuissance face la jouissance éphémère qui a pris le dessus en me condamnant à l’errance éternelle en attendant la rencontre de mon Seigneur. 

De Nishapur à Samarcande, d'Ispahan à Bagdad, de Damas à Istanbul, légion sont les érudits, les Savants et les Poètes éperdus dans les affres de l'Amour mais qui ont façonné les lanternes pour les âmes intrépides, incomprises de leur temps, à la conquête des limites de la liberté que leur Seigneur leur a donné parfois au prix de leur vie, parfois au prix de leur âme.  

Mes frasques ont fait de moi un poète maudit, où chaque vers, chaque rime, chaque quatrain contiennent en substance le poison qui hallucine, l’opium de l’ivresse pour égarer les cœurs en mal de vivre. De mes recueils voilà bien  un guide vers les abîmes, de mes éloges nul doute une encre sans couleur sans lumière. Que suis-je devenu ? Mes larmes ne mouillent plus, mon cœur ne raisonne plus, mon âme ne vit plus, j’ai perdu la Fitra, cette quintessence, cette essence de la raison d'être qui permet à tout Homme de rester digne face au miroir de la vie.

Mon passé m’a fait courber l’échine, je suis condamné à baisser les yeux vers la terre des damnés à qui le ciel est devenu inaccessible. Mes mots ont perdu de leur prestige, de leur sincérité, de leur éclat. Tel un alchimiste, j'ai corrompu les citadelles, j'ai sali les perles, les émeraudes et les trésors de foi qui s'y trouvaient ...   

Ô Allah à quoi bon vivre dans l’errance ? À quoi bon laisser une âme telle que la mienne si longtemps dans ta désobéissance ? De tous les péchés, il me reste les liqueurs interdites, on raconte que les grands poètes buvaient pour trouver l’inspiration, que les peintres avaient besoin de ces absinthes délirant pour extérioriser leur monde … mais moi ! Ô Allah je suis ivre sans le vin, je n’ai besoin d’aphrodisiaque pour délirer, ma plume trempée dans l’encre de mes péchés à fait de moi un être plus détestable, plus infâme et plus ignoble que cette ivrogne que l’on moque et que l’on insulte sans raison alors qu'il a bu pour trouver un refuge face au désespoir, par déception amoureuse, aveuglé il a oublié que Tu es l'Espoir…    

À toi appartient le retour, Ô Allah, de tous les désespoirs tu es l’Ultime Espoir, de tous les guides tu es le Guide Suprême, tu es l’Unique vers lequel mon âme déchue souhaite tourner son regard désespérément avant que tu ne lui ôtes son dernier souffle, son dernier mot.  N’est-il pas temps de rappeler à toi, cette âme épris d’amour pour toi malgré ses souillures ? N’est-il pas temps de refermer ce recueil, ce registre par le linceul de la paix ? 

A toi, lecteur et lectrice, voyageur et rêveur, amoureux des lettres et de la prose que mon récit ne soit romance, qu'il ne soit lettre morte, regarde entre les lignes avec les yeux du cœur, l’esprit de la foi et la raison de l’âme pour que les larmes de ton corps n’aient d’autre raison de briller si ce n’est pour les louanges infinies à Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux à la clémence infinie.

R.A

2 commentaires:

mehdi a dit…

Très touchant rappel mon frère. L'espoir n'est pas mort et la fitna scintille toujours.
Recherche la compagnie des pieux car dans la vie, même si on avance seul, le soutien donne du baume au coeur et nourit notre volonté. Notre communauté doit être un seul corps...
Allah ne se détourne jamais d'un serviteur qui le quémande et se repent.
Avance le regard lever vers le ciel tu ne verras plus les déchets accumulés à tes pieds et par la grâce d'Allah tu t'en dépatouilleras et les laisseras derrière toi avant d'arriver à ta démeute finale.

mehdi a dit…

Demeure finale