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lundi 7 mai 2018

Tariq Ramadan : Distinguer l’homme de son œuvre







Le propos ici n’est pas de dire si Tariq Ramadan est innocent ou coupable ou que tout est blanc ou noir au tableau, mais de s’interroger sur la posture que l’on doit adopter sur l’œuvre de l’homme, de ses combats, de ses propositions, de sa contribution intellectuelle, philosophique, religieuse et politique quelle que soit l’issue de cette affaire touchant une personnalité aussi éminente que celui du Professeur Tariq Ramadan. 

Aujourd’hui, comme hier, l’emballement médiatique raffole de Tariq Ramadan, en long en large et surtout en travers, tels des paparazzis déchainés à la poursuite de clichés à l’emporte-pièce. Le moindre début de soupçon, de mensonge ou de calomnie, est relayé mécaniquement par tous les canaux de communication et d’information destinés à forger de manière industrielle les opinions de la masse. Rien sur cette homme n’a été épargné, son intimité comme sa vie publique sont assassinées froidement sans que la présomption d’innocence soit respecté, sans le début du commencement d’un procès équitable.

Ses détracteurs qui ne supportent pas l’homme, qui à lui tout seul, est la synthèse de la vision politique et religieuse moderne de l’Islam, lui vouent plus de haine qu’autre chose. La stratégie a consisté pendant longtemps à l’accuser  d’avoir un double discourt, mais malheureusement pour eux, cela n’a eu aucune prise. Face à l’échec de la première stratégie, voilà les mêmes qui l’accusent d’avoir une double vie, une double personnalité, un double visage… Comme si les accusateurs, eux, avaient le monopole de l’authenticité, de la sincérité et de la sainteté absolue ! 

Résister à l’épreuve du temps sans se trahir dans l’intime relève du domaine des cieux, là où les anges sont dispensés de la morale et de la vertu qui sont des attribues sur-mesure pour des êtres qui doivent composer avec la chair de leurs désirs.
La complexité d’un homme réside à la marge de son œuvre, de sa pensée, de ses combats et de sa vie. Cette part infime qui le caractérise est nul doute l’ADN de son ombre. Chercher à le comprendre c’est vouloir percer le mystère de l’alchimiste en plein désert. La nature de l’homme est en soi un défi, un ensemble de problèmes défiant l’intelligence. Ses nuances et son existence sont , par essence, contradiction entre l’idéal de la lumière et la réalité de l’ombre. Il y a entre les deux aucune place à la raison logique. Ce qui nourrit l’âme est du ressort de l’esprit, de la foi idéal, alors que ce qui nourrit le cœur est enclin à la saveur souvent amère.

Bien souvent l’homme lui-même croit se connaitre, alors qu’en réalité, il ne connait que la duplicité de ses penchants, de ses désirs où il doit se formuler des conclusions relatives ou étayer des ébauches de son miroir par  des arguments philosophiques, religieux et politiques impliquant des théories alternatives et concurrentes, propres à leur auteur, que l’on promeut et qu’on rejette pour des raisons qu’à nouveau on soumet aux circonstances du moment ou à l’humeur du présent. L’homme se fait une raison pour la défaire et la refaire jusqu’à se perdre en soi avant de comprendre qu’il n’y a rien à comprendre sur ses choix divergents que les saints hypocrites désignent et estampillent une personnalité, un discourt ou une œuvre  d’hypocrisie. 

Du point de vu de la plèbe, les sensibilités de l’époque amènent à jeter le bébé avec l’eau du bain, il faut croire que la modernité et la mondialisation pénétrante dans les sphères de la vie, ne tolère aucun regard sur soi et encore moins une prise de hauteur pour ne garder que le meilleur, voir la synthèse des lègues que nous font les artistes et les intellectuels qui pour créer ou révéler la richesse de leur talent se consument eux même dans la folie de l’entre soi riche en contradiction. Si l’on devait rejeter tous les œuvres des intellectuelles et des artistiques à la lumière de leur mœurs et de leur personnalité, alors on serait forcé de constater qu’il faut un buché à la taille de l’humanité! Car chacun est un combustible né, que le temps fragilise au point de le rendre plus inflammable que jamais tant la faiblesse est la caractéristique intrinsèque de l’humain.

Accepter l’œuvre comme une création et un héritage intellectuel malgré les dissonances de l’auteur, c’est la même chose que de reconnaitre la grandeur d’une civilisation, d’une nation, d’une histoire au-delà même des périodes sombres et des zones troubles qui le caractérise au présent. De la même manière, doit-on se désintéresser des œuvres de Céline, de Nietzche, de Jean-Jacques Rousseau, de Martin Heidegger, de Sigmund Freud, de Georg Lukacs, de Jules Ferry, de Althusser, de Voltaire et bien d’autre sommité parce que leur mœurs, leurs actes, leurs prises de position et leurs combats étaient incohérent avec les canons de la droiture, de la vertu religieuse ou laïque ? Evidemment que non, le monde serait bien pauvre ! Je ne connais pas d’œuvre écrite ou peinte par des anges mais seulement par des humains dont le droit à la faute est sa nature! Il est capital de distinguer l’œuvre d’un artiste ou d’un intellectuel, de sa vie, de ses choix et de son passé qui eux relèvent de l’intime et du privé. La part d’ombre de chacun donne le niveau d’acidité qui fait d’eux des iconoclastes échappant à leur temps.  Il est facile, de condamner, de s’improviser en juge, en inquisiteur de la morale, de la bienséance et de la bienpensante, mais les nuances qui nous constituent sont le propre de nos identités uniques. 

Les dénonciations convergentes rendues possibles par le #Metoo ou le #Balancetonporc fait de vous une ampoule qui peut griller à tout instant avec les dommages collatéraux que l’on connait. Pis encore, est coupable aussi celui qui ose pleurer votre sort avant même le début d’un jugement. La présomption d’innocence est à géométrie variable selon votre rang, votre origine, vos opinions politiques ou religieuses, selon votre niveau d’islamité et de visibilité. La justice est un idéal qui depuis longtemps a perdu sa virginité sous la toc des magistrats à la duplicité assumée, sous la pression de l’opinion publique et médiatique.   

Interrogeons-nous, quel aurait été notre vie intime et publique si nous étions à leur place ? Quel serait notre rapport à la foi ? à Allah ? aux autres ? La notoriété nous aurait-elle fait abuser de notre pouvoir ? Aurions-nous  extorqué des faveurs sexuelles, des intérêts lucratifs ? … Aujourd’hui, sur une simple dénonciation fondée ou infondée n’importe qui peut tomber quand bien même le temps judiciaire démontrerait votre innocence. Le mal serait déjà fait et l’image à jamais écornée.

Soyons clair la vie intime de Tariq Ramadan ne nous intéresse pas, si défaillance il y a,  c’est entre lui et Allah uniquement. Si le but de certain est de ternir l’image du professeur en portant atteinte à sa vie privé et à son intimité  pour nous détourner de ses écrits et de sa voix, de ses combats… ce n’est que peine perdue. Les accusations opportunistes ou pas d’ailleurs visent quoi en réalité ? à démonter qu’il y a eu des viols ou bien des relations extraconjugaux ?  Le premier acte d’accusation relève de la justice pour peu qu’elle soit impartiale on peut espérer que la vérité triomphera très rapidement et que justice sera rendu dans un sens comme dans l’autre. Le deuxième acte d’accusation implicite lui relève non plus de la justice d’un pays comme la France aux mœurs libertines mais pose un problème de crédibilité religieuse en terme de notoriété et d’autorité au sein même de la communauté musulmane, c’est du ressort de la jurisprudence islamique et de la Charia… La validité des œuvres des thèses d’un philosophe n’est pas compromise par l’incapacité de leurs auteurs à les avoir respectées eux-mêmes. Parce que ces disciplines tendent à porter un message vers l’objectivité et vers l’universalité pour élever la pensée indépendamment de la nature qui la produite.    
    
Tariq Ramadan est un cas atypique, car à lui seule il est le révélateur d’un emballement « politico-médiatique » sur fond d’un pseudo scandale « théologico-politique » malgré que les combats et les causes qu’il défend s’inscrivent pleinement dans la ligné des penseurs universels. Les musulmans pour certains sont pris entre deux feux avec une interrogation simple : Comment concilier notre embarras moral avec notre jugement éthique que la temporalité des médias nous imposent et martèlent sans cesse ? Surtout lorsque l’on décrypte en filigrane que finalement ce n’est pas tellement l’homme que l’on veut abattre mais bien l’Islam visible des musulmans qui brillent par leur intelligence et attirent la lumière sur eux. Cela se résume bien souvent à faire le procès de l’Islam et des musulmans, que l’on sert de soupe à longueur de temps dans les médias pour surfer sur les ondes islamophobes très porteur en ces temps de populisme exacerbé en France et en Europe. 

Cette ambiance nous révèle la volonté politique et médiatique de vouloir tuer l’image et le symbole que représente Tariq Ramadan dans ce dernier quart de siècle. Il n’a échappé à personne, que sa détention et son traitement injuste comparé à d’autre sur des affaires similaires n’a qu’un but qui est d’abattre l’homme, le résistant, la voix des sans voix, l’esprit critique d’un Islam décomplexé de la joute coloniale ou du complexe d’infériorité ou de la posture victimaire. L’affirmation de la présence musulmane visible assumant ses valeurs et son identité islamique n’est pas du goût de tout le monde. Etre un citoyen musulman en France ou en Europe suppose pour certains que le musulman doit s’assimiler, se fondre dans la masse, raser les murs et se dés-islamiser pour devenir une coquille vidée de sa substance spirituelle à l’image des chrétiens et des juifs en terme de pratique concernant la majorité. Tariq Ramadan a ce talent dans ses livres comme dans ses interventions médiatiques de ramener les débats et les excès des uns et des autres vers une approche équilibrée pour tendre vers le juste milieu où l’intérêt suprême des minorités doit être protéger par la justice et l’égalité que la majorité possède. Son obsession a toujours été pour celles et ceux qui l’ont côtoyé la Justice avec un rappel à chacun du droit et du devoir qu’il incombe à tous.    
  
Tuer Tariq Ramadan intellectuellement, ils ne l’ont pas réussi vu le génie de l’homme, mais le tuer médiatiquement de manière ponctuelle et temporaire, probablement que cette dernière cible est d’actualité.

R.A

mercredi 2 mai 2018

Le goût du néant




La folie de l'amour est la lutte,
Un puits sans fond, anéantissant l'ardeur,
Que vaut l'encre sans la pudeur ?
Que vaut la plume qui de la blancheur butte ?

Résigne-toi, mon cœur ; de ce monde de brute.

Le désert est un lieu parfait pour les maraudeurs,
Là tu peux crier, hurler au ciel ta dispute,
Adieu douce plume qui a fait chanter la flûte !
La terre est devenue aride, trop étroite, sans fleur !

Le Printemps des rêves évaporé avec son odeur !

Du temps, je n'ai plus aucune minute,
La vie a filé tel un éclair où tout se meure,
Que de temps perdu, pour des leurres !
Que de moi meurtrie sans foi sans lutte !

Le présent rappelle du passé la chute.

R.A

Ephémère




Ô Lune, tu es si belle, éphémère
À ton clair, le temps d'une pause,
La caravane au fardeau se repose.

Sous tes yeux, l'amour à fleur s'expose
À l'oasis, des chameaux au chant blatère,
Couvre l'émoi des amants parterre.

Sur la paille, fusion étincelante,
Offensée, de pudeur tu te voiles,
Pour ignorer les âmes jouissantes,

Qui vivent leur amour à la toile,
Là où déjà, à l'adieu lancinant
La poussière du souvenir s'envole.

Vois-tu les amoureux prospères,
De leur larme, cristaux à repaire,
De leur bouche, promesse à l'éclair,

À l'aube venant qui chasse les vipères,
Ô Lune, secret à jour, tu t’éclipses derrière
L'espoir d'une miséricorde de prière.

R.A