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mercredi 1 juillet 2009

La Terre de mes Lettres



Aujourd’hui je retourne sur mon terrain de prédilection où la terre est rude et l’angoisse de se retrouver ébloui par la blancheur est omniprésente. Les recoins sont abruptes et donnent une vue imprenable sur le vide. Je prends mes distances avec une marge de sécurité afin d’éviter tout débordement. J’appréhende chacune de mes visites, sur ces parcelles accolées où la récolte est toujours incertaine malgré mes sacrifices. Ne pas perdre pied c’est mon obstination de tous les instants, face à la difficulté de l’exercice.

Les anciens m’ont averti que bien de mes prédécesseurs se sont tués à la tâche. Mes amis m'ont mis en garde sur l’exigence d’un tel défis dont seul les braves et les téméraires en reviennent. Je suis face à mon destin, semer pour exister, semer pour vivre, mais surtout, semer l’amour qui est en moi. Je sélectionne mes mots tel le paysan avec ses graines afin d’avoir une moisson à la hauteur de son effort. Je mesure le poids de mes mots pour ne pas tomber dans la légèreté et être emporté par le vent. Préserver le cœur de mon prochain c’est mon devoir. Eparpiller les graines de la fécondité des lettres pour rendre mes idées plus nourricières c’est mon souci.

Je travaille mes lettres afin d’offrir le meilleur de moi-même pour partager la vie d’un dur labeur. Mon pas est cadencé par le rythme de mes inspirations, qui mêlent mon angoisse de la faute et mon assurance du devoir. Observe l’homme labourer sa terre, admire le geste du semencier, regarde les graines de la vie et de la discorde des opinions retomber dans ces lignes fendues par la main de l’homme, voilà une chorégraphie qui mérite l’admiration et la modestie. Vivre sa vie dans cette terre hostile pour en faire un présent de lettre afin de l’offrir à son prochain, sans remord et sans regret, c’est la quintessence de l’homme. Inscrire de son empreinte la scène de la vie, tel est l’enjeu pour ceux qui aiment le partage de l’histoire la vie.

Penser, réfléchir, se remettre en question, douter pour mieux se convaincre et convaincre, telle est la discipline du baroudeur dans cette espace d’expression de l’esprit et du cœur. Se confronter à la rudesse de la terre pour savourer les fruits de son labeur, quoi de plus noble pour l’homme de lettre. Vivre dans l’incertitude de la récompense c’est le point commun entre le paysan et l’écrivain. Le premier entretien le présent alors que le second marquera le futur dans un passé proche, la singularité de l’un déteint sur l’originalité de l’autre.

Travailler pour l’amour d’Allah, écrire par passion, voilà une raison de croire dans la grandeur du destin de l’homme. Douter de ses convictions propres, accorder le bénéfice du doute à la verve de l’autre, c’est grandir dans notre humanisme. Lorsque la brume envahit les esprits, le regard de l’autre se transforme en des mots acérés qui me rappelle la fragilité de la tolérance lorsque je sors des sentiers-battus de cette société des apparences. Gagner la terre pour la dompter n’est que folie pour celui qui croît en la puissance de l’Homme. Faire sienne la récompense de son travail n’est qu’inconscience et ingratitude tellement les paramètres de la réussite sont multiples et incertaines. Je puise dans cette source intarissable qu’est ma pensé pour lutter contre la sécheresse de mes inspirations à mi-chemin.

Cultiver dans la diversité des champs pour mieux connaître les hommes c’est le devoir de chacun. Goûter au fruit de la passion des amoureux de la vie et de l’espérance, c’est le droit de tous. Penser sa liberté c’est la vivre dans l’instant présent, se battre pour sa liberté c’est rendre hommage à la vie. Lutter contre l’ingratitude et l’orgueil est le devoir du croyant face à son créateur. Vivre dans l’ignorance de ce dernier c’est renoncer à l’amour de la vie et à l’espoir de l’éternité. Quelle triste fin non ?

Je me prends à rêver d’un jour où l’homme aura atteint une maturité marquée d’humanisme et de respect. Etre différent c’est participer à la composition florale des esprits et des cœurs qui font la beauté de l’Humanité et de la vie. S’ouvrir sans crainte et préjugés pour mieux embrasser la sensibilité des autres c’est honorer la dignité qu’Allah a donné aux Hommes. Préserver et contribuer à la terre des lettres c’est transmettre le relai d’une histoire commune où la vie ne s’abreuve que d’amour pour laisser au temps le devoir d’effacer sans oublier les erreurs de l’existence. Puisse Allah accepter ces lettres que je souhaite inscrire dans ces terres qui ne sont que lieu de rencontre et de passage.

Rapprocher les cœurs des extrêmes est le devoir de tout humaniste engagé croyant ou non croyant. Donner la parole à son ennemi pour entendre ses revendications et ses tourments incitera respect quelque soit notre terre d’appartenance ou d’origine. Graver dans les cœurs les valeurs universelles que l’Islam nous enseigne est préférable aux stèles gravées par les Hommes pour se faire bonne conscience. Si je dois mourir pour la terre de mes convictions, que les Lettres de mon Seigneur soient lues, pour apaiser mon âme qui sera libéré de son fardeau de la vie.

R.A

8 commentaires:

Anonyme a dit…

c un texte très brillant et plein d'appels je vs félicite mon frère vs êtes très talentueux

Anonyme a dit…

Je l'avais lu une première fois, je l'ai lu pour la deuxième fois, et j'ai encore pleuré.
Des lignes pour se souvenir, des larmes pour implorer, et un coeur pour ne jamais oublier.

L'un des plus beaux textes que vous ayez écrit.

A S

Anonyme a dit…

Salam tu ecris vraiment tres bien.

Tu es une plume

me amor a dit…

Magnifique texte où la comparaison de l'homme de lettre et le travailleur de la terre est d'une extrême beauté et d'une grande justesse.
Merci de nous faire partager ces rappels.

Anonyme a dit…

As-Salam-Alaykum...
Texte magnique.
La mise en lumière des similitudes qu'il peut y avoir entre la terre et l'écriture, entre le paysan et l'écrivain est juste magtnifique. Chapeau bas à vous, Cher homme de Lettres ;) ...
Cinda

habiba a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Habiba a dit…

Quelle belle métaphore filée ! :) Allah y barek.

Lorsque la terre est rude, le paysans se tue à la tâche, sa vie de labeur est rude et misérable mais qu’elle est sa satisfaction d’avoir fait pousser sa subsistance, en tout bien tout honneur.

Si tu veux que ta page fleurisse,
Retourne l’antre de tes souvenirs,
Cherche dans les profondeurs de ton âme,
Et dans ce que la vie t’a confié.

Enterre les graines de la mélancolie,
Dans les abîmes de ton coeur,
Et arroses-les de larmes de piété.

Récolte les fruits de tes idées,
Et fais-en un bouquet,
Pour nous, humble lecteur.

Conseil d’un ami,
Pour éviter la sécheresse,
Regarde ton présent,
Garde espoir en ton futur,
Allah te gardera de toute détresse.

Et si vraiment ta plume est sèche
Et ta feuille aride,
Inspires-toi des lettres du Très-haut
Car nul homme n’a réussi à déchiffrer la subtilité d’un tel bouquet.