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mardi 11 septembre 2018

L´institut Montaigne ou l’orientalisme 2.0


Depuis les années 2000, l’institut Montaigne est la nouvelle devanture de l’expertise expresse traitant du sujet de l’Islam au sens large et de sa place en France. Son objectif sur ce sujet est de conditionner, de presser, de muer  l’Islam pour en faire une copie compatible avec la dite laïcité à la Française. À l’image de ce qu’est aujourd’hui le christianisme et ses variantes ainsi que le judaïsme, ils veulent aseptiser l'Islam pour la vider de sa substance et de sa force.

Il fut un temps, le traitement de ces questions était un pré carré que se partageaient les pseudos islamologues, essayistes, journalistes, philosophes… auto déclarés experts et invités à prendre la parole dans les médias. Parmi eux, on retrouve un florilège de personnage que l’on peut placer sur une graduation qui va du plus perfide au plus comique, du plus opportuniste sans scrupule à la marionnette de circonstance… les lister serait trop long mais on peut citer quelques spécimens qui sortent du lot à force d’avoir bronzé sous les projecteurs des plateaux médiatiques : Samir Amghar , Gilles Kepel, Eric Zemmour, Abdennour Bidar, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, BHL… 

La parole individuelle s’inscrivant systématiquement dans la controverse, le substratum sur lequel repose l’Institut Montaigne est de rendre une vision collégiale avec des contributeurs sélectionnés sur la base de leur profile déjà très javellisé. L’institut souhaite ratisser le plus large possible, le but est de positionner, sur la base d’un profilage, chaque musulman sur l’échelle de Richter en termes de risque sismique  pour la « république ». 

Cet institut sous l’égide du conseiller "spécial" Hakim Karoui qui dit-on murmure à l’oreille du président de la République. Notre étalon arabe est chargé de faire le travail le sale boulot. Celui de l’arabe de service. Sa mission, à la lecture du rapport "la fabrique de l’islamisme",  va de la délation à une forme de voyeurisme, épiant sur le net, analysant les interventions des musulmans actifs de la société civile dans les médias, jusqu’aux anonymes musulmans plus ou moins influents sur les réseaux sociaux avec leurs nombres d’abonnés, les déclarations et les publications des membres et responsables associatifs. De Tariq Ramadan à Mennel Ibtissem pour ne citer qu’eux, la machine à désigner les islamistes est sans limites, sans même interviewer les personnes concernées, la start-up franchisée a pour objectif de désigner l’axe du mal et ses ramifications.

Agrégé en géographie, Karoui fait la démonstration de ses compétences en cartographiant les courants religieux, en plaçant des reliefs, des limites et des zones de recouvrement pour illustrer le profil des musulmans dans une grille de lecture vulgarisé pour le français moyen novice en la matière. Ici le musulman est réduit à un objet, il ne peut se définir par lui-même, il faut le représenter, le placer dans un imaginaire accessible et surtout le réduire à un objet caractérisé et étiqueté.

La déshumanisation fait partie de la rhétorique sociologique qui renvoie à des réflexes dignes des courants orientalises, du 18ème et 19ème siécle, qui à terme ont permis la colonisation physique de l'orient jusqu’à la colonisation des esprits. L’objectif est plus que similaire, la seule différence ici est que l’orientaliste d’hier occidentale est une version 2.0 où la besogne est sous traitée à des arabes de services assimilés jusque dans l’âme. Rendre possible la compréhension du musulman pratiquant pour mieux le dominer, l’identifier et le stigmatiser sans complexe lorsqu’il sort du cadre normatif pensée et défini par la bien-pensance tel est le but en soi. 
Il est intéressant de voir qu’aucun aspect de la sociologie des musulmans n’est négligé dans ce rapport. Selon votre pays d’origine et votre pratique que l'on a affilié à une mouvance pour vous,  vous êtes plus ou moins islamisé à défaut d’être désigné comme terroriste...

À étudier l’islamisme, sur les réseaux sociaux, présent en politique et en littérature, dans le récit de l’Institut Montaigne, Karoui fait voyager son auditoire, sous couvert d’une approche analytique voir scientifique, jusque dans les méandres du fantasme populaire à qui l'on veut faire croire que l’islam politique est une contagion type Ebola, et qu’il faut identifier et confiner les cas présentant des pathologies à caractère islamique. Finalement on apprend peu de choses sur le musulman, et beaucoup sur la peur qui anime la société française et plus largement l'Occident. Le portrait subjectif orienté qui est fait de l’Autre Musulman pratiquant est, en réalité, tantôt une caricature puérile, tantôt un complément d’une société qui s’observe dans le miroir jusqu'à en oublier sa propre image. 
       
L´institut Montaigne est la nouvelle machine à fabriquer et à légaliser l’islamophobie décomplexée, un institut loin d’être académique mais très instrumentalisé sous couvert d’une pseudo rigueur où la somme des références, la multiplication des exemples et le foisonnement des terminologies propres au champ lexical de l’islam, donnent l’illusion qu’ils savent de quoi ils parlent ... cet institut est une machine pilotait pour recadrer l’ennemi en puissance qui serait le musulman de l’intérieur « border ligne » ... leur objectif servir sur un plateau les arguments des politiques pour mieux déconstruire l’islam qui se veut libre et insoumise ... personne n’est dupe si ce n’est les moutons écervelés qui ont perdu tout esprit critique à force d’être nourris aux OGM médiatiques avariés accessibles à profusion gratuitement pour comprendre l’islam devenu anxiogène au cœur d’une société au réflexe pavlovien savamment entretenu.   

Une seule résistance face à cette farce, où la discrimination du musulman en objet potentiellement dangereux est un objectif politique, c’est l’esprit critique et l’ouverture vers l’autre sans préjugés qui nous permettra le vivre ensemble en déjouant ces pièges absurdes ! Il n’y a pas de vaccin malheureusement pour eux, car celui qui vit l’islam avec la sincérité du cœur dans le juste milieu de sa compréhension et de sa pratique sait qu’il est un axiome non maitrisable, libre et indépendant. L’islam est par définition une soumission par amour et adoration à l’Unique Allah qui libère l’esprit et le cœur de toute autre forme d’aliénation.   

Faire du musulman pratiquant un mouton docile et assujettie, par une ingérence allant jusqu’à poser le cadre de la compréhension spirituelle de l’Islam, la formation des imams, des cadres associatifs pour fabriquer artificiellement l’« Islam de France », en imposant des taxes sur le halal et sur les voyages religieux …c’est en réalité outre passer allégrement la loi de 1905 pourtant sacralisé tel un dogme de la république mais que l'on peut bafouer car encore une fois le deux poids deux mesures s'applique pour le sujet musulman.

Ne nous trompons pas, la réalité est un continuum de l’orientalisme revue et corrigé, sous-traité pour l’image et le symbole par des arabes « musulmans » à la solde du dominant pour faire rentrer leur coreligionnaires dans le moule de la laïcité dite à la française. Il faut pour cela, penser pour eux et liquider socialement les musulmans qui refusent l’aliénation au nom de la liberté, de leur foi et de leur principe de justice et d'égalité... celles et ceux qui côtoient des musulmans savent que la réalité du musulman est faite de nuance, de couleur, de tradition , de renoncement , d’altérité … que le musulman pratiquant n'est pas plus dangereux que le chrétien, le juif ou le bouddhiste ou l'athée...  Pour le musulman,  le respect de l’autre dans sa croyance et sa liberté sont la quintessence de sa foi, mais sa liberté n'est pas négociable lorsque sa foi embrasse sa conscience de croyant citoyen … 

Plutôt que de donner la parole aux musulmans pour construire leur avenir dans une organisation représentative du niveau local jusqu'au niveau nationale autour d'un consensus âprement discuté et débattu, l'état cherche encore une emprise au relent colonialiste dont l'échec est garanti à moyen et long terme. 
Si le gouvernement était soucieux de l’efficacité de sa politique à l'égard des musulmans pour les aider dans le respect leur dignité de citoyen, leur droit à l’autodétermination dans un cadre respectant la liberté de chacun, s'inscrivant dans la loi de 1905... il aurait considéré la Grande Consultation des Musulmans lancée par Marwan Muhammad comme travaux de base crédible honorant la consultation participative et démocratique... mais bon, on a le droit de rêver, malheureusement, il est trop bon, trop fort, trop compétant, trop Muslim! pour être docile et produire de la médiocrité sur mesure afin de maintenir la léthargie des musulmans dont on craint le réveil des consciences politiques qui renverserait les cartes habituelles.        

R.A

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